F.J. Ossang, Génération Néant, 1993

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« Je dormais entre deux états. Elle s’est blottie contre mon corps brisé de fièvres négatives. J’avais très froid. Dans la nuit, je me suis levé – traîné, plutôt jusqu’à l’armoire pour m’enfiler deux comprimés de speed. Pour me fouetter le sang. Tout d’un coup, j’ai eu peur de crever comme ça sans elle tout seul dans la nuit… dans cette nuit d’hiver – cette nuit de terreur exsangue.

le matin, jusqu’à 13 heures, à peu près, impossible d’ouvrir complètement les yeux. J’ai fini par me balancer hors du lit, en basculant. Je me suis ramassé pour descendre un demi litre de café. 2 cachets; fringanor califon. Et j’ai écrit ces pages d’aveu. D’aveu de la peur et de la merde de vivre qui font que je meurs, néant, sans le moindre état de fait – pour justifier si terrible échec… rien… rien… je me suis souvenu : elle avait dû prendre le couteau, le matin… j’étais seul… plus de traces de cette nuit du 19. Que ma blessure au poignet. Qui brûlait un peu. N’y aurait-il pas de traces d’elle et de moi… j’aurais voulu l’épouser pour que ce soit écrit : on se possédait, même si la vie et la mort effaçaient tout. Il fallait que je finisse ces relevés, ces relevés de notre fuite, d’elle et de moi, perdus, perdus dans la nuit de l’autre qui meurt, seul… »

 

F.J. Ossang, Génération Néant, Blockhaus & Warvilliers, 1993, p.286.

 

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