Jan Zabrana, Toute une vie (extraits du journal de l’année 1969)

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« Nous étions une étrange génération. Le monde avait commencé à pacotiller au même moment que nous.

Moi aussi j’ai vu le sang du poète sur le trottoir. Moi aussi. Moi aussi j’ai vécu dans l’Histoire.

Ce qu’il sait après tout ce temps : « Secoue la poussière de tes pieds ! Secoue la poussière de tes pieds ! »

Ce vers de Dante que Graham Greene a inscrit en exergue de la La saison des pluies –  » Io non mori, e non rimasi vivo » (Je ne mourus pas, et pourtant nulle vie ne demeura) – me revient toujours. Rien ne traduit mieux mes sentiments de ces dernières années.

L’homme devient adulte, entre autres, lorsqu’il est prêt, un beau jour, à assumer son échec, sa défaite, la mort de ses rêves, son rien-de-rien. De son vivant, dans cette vie.

Il se meurt tristement, désespérément, conscient de sa faillite dans la loterie de la vie ? Attends de mourir, toi… Attends.

… ne plus t’émouvoir que de ton absence dans sa vie à elle

… faire l’amour sans désir pendant une crise de calculs biliaires pour que la jouissance dépasse la douleur

.. composer des numéros de téléphone disparus depuis longtemps des annuaires et de la réalité

… voir ces têtes oscillant au-dessus des corps comme des cloches depuis longtemps muettes »

Jan Zabrana, Toute une vie, Editions Allia, 2005, p. 95-97.

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