Laure, Histoire d’une petite fille, 1943

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« – Je n’habitais pas la vie mais la mort. Aussi loin que je me souvienne les cadavres se dressaient tout droit devant moi : – « Tu as beau te détourner, te cacher, renier… tu es bien de la famille et tu seras des nôtres ce soir ». – Ils discouraient tendres, aimables et sardoniques, ou bien à l’image de ce Christ l’éternel humilié, l’insane bourreau, ils me tendaient les bras.

De l’occident à l’orient, de pays en pays, de ville en ville je marchais entre les tombes. Bientôt le sol me manque, qu’il fût herbu ou pavé, je flottais, suspendue entre ciel et terre, entre plafond et plancher. Mes yeux douloureux et renversés présentaient au monde leurs lobes fibreux, mes mains crochets de mutilés transportaient un héritage insensé. Je chevauchais les nuages avec des airs de folle échevelée ou de mendiante d’amitié. Me sentant quelque peu monstre, je ne reconnaissais plus les humains que pourtant j’aimais bien. Enfin, je me pétrifiai lentement jusqu’à devenir un parfait accessoire de décor. »

Laure, Histoire d’une petite fille, suivi de Vie de Laure par Georges Bataille, Les éditions du chemin de fer, 2015, pp.13-14.

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