The Jangs, Michael Jang, 1973

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Une maison dans la nuit. Le visage de David Carradine sur un petit écran, « Kung Fu » des temps modernes. Des images animées envahissent l’espace domestique. Les chambres. Le salon. Dans les photos de Michael Jang, la télé, cette boîte cubique où choit le regard, devient très vite familière. Regardée ou oubliée, c’est selon. Mais toujours indispensable. Incontournable.

Plus connu pour ses portraits de l’Amérique Underground des années 70-80 – William Burroughs (auquel Jang ressemble étrangement, partageant la même élégance), Jimi Hendrix, David Bowie (dont il collectionnait les disques dans son enfance), Alice Walker, Mae West, Frank Sinatra entre autres -, pour ses photos de la scène punk ou des « Garage Bands » de San Francisco, la personnalité de Michael Jang apparaît ici sous un nouvel angle. Moins people, moins déjantée. Avec la série « The Jangs »‚ le photographe, qui ne cache rien de ses origines asiatiques, s’inscrit dans la veine intimiste de Diane Arbus ou de Robert Frank. L’ordinaire comme thème de prédilection. Et comme sujet, une famille. Mais pas n’importe laquelle. La sienne. Ces clichés, Jang les a pris durant l’été 1973, alors qu’il séjourne en Californie, à Pacifica, dans la maison de son Oncle Monroe et de sa Tante Lucy, avec ses trois cousins et leur chien racé Basset Hound (le chien fétiche de « Columbo »). Une période encore d’apprentissage où il étudie la photographie dans l’atelier de Lisette Model. «Photographier avec vos tripes», avait-elle coutume de dire à ses élèves. Licencié de CalArts, il sera initié à la «Street Photography» :  Lee Friedlandler, Garry Winogrand entre autres. C’est là également qu’il découvrira Eugène Atget, Walker Evans et William Eggleston, et se forgera une certaine idée de la photographie. Une manière de photographier à la fois instinctive et directe, sans concession, dont témoigne la série « The Jangs ».

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« Ces photos, nous dit-il, ont été prises dans le même esprit que n’importe quelle famille qui se prend en photos, ce sont des instantanés, j’ai juste utilisé un film en noir et blanc et un objectif grand angle.» Jang rôdait dans la maison, apercevait un truc qui lui plaisait, le prenait, capturant les siens comme ils sont dans leur intimité : lisant dans la salle de séjour familiale, parlant avec nonchalance au téléphone, arrosant le jardin à la tombée de la nuit… Le plus souvent, affalés dans des sofas à mater la télé, seuls ou en famille, accompagnés de leur petit basset qui passe la majorité de sont temps vautré sur le canapé à ronfler devant la télévision, indifférent aux flots des images qui se déversent sur l’écran. Les Jang pris au piège de la télévision.

Capture d’écran 2015-03-27 à 14.46.38Rien à priori dans ses photos que de très ordinaire, de très familier. Jang conçoit ses photos comme un amateur, enregistrant de manière spontanée le quotidien, le banal. Une absence marquée dans l’artifice, une neutralité dans l’émotion, un rejet de tout formalisme, de toute esthétique. Jang est dans la position de celui qui passe et qui voit. Et qui nous donne à voir. Mais si le sujet du photographe est en apparence ordinaire, leur banalité en est trompeuse. Derrière ces images se cachent toute la complexité et la beauté du monde ordinaire. Celle que pointe du doigt l’écrivaine américaine Eudora Welty, photographe à ses heures perdues : « Toutes les photographies extraordinaires, irrésistibles, estimables, belles et implacables doivent faire avec les caractéristiques de nos vies dans le monde actuel : elles arrivent à nous montrer la texture du présent, comme la coupe transversale d’un arbre ; elles se focalisent sur le monde ordinaire. Mais aucun sujet n’est autant abordé que le monde ordinaire !» Capture d’écran 2015-03-27 à 14.46.01 Ces images, Jang lui-même, les décrit comme « un portrait de la vie d’une famille d’immigrés asiatiques jouant le jeu de l’assimilation dans le courant dominant de l’Amérique des années 70». Des photos qui au final relèvent d’un contexte social et historique. Où transparaît l’intuition de l’influence des médias dans les comportements sociaux, et qui traquent la relation étrange entre intimité et acceptation du jeu social. Où la télé, depuis les années 1950, évince la radio et le ciné pour s’imposer comme la forme standard de divertissement de toute l’Amérique.  Allégories d’un temps révolu.

Article paru dans DOUBLE n°25, sur le thème de « La Télévision », printemps-été, 2013.

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