Marilyn Monroe, Fragments (poèmes, écrits intimes, lettres),1943-1962

marilyn_monroe_by_andre_de_dienneJe ressors mes vieilles archives publiées sur Discipline in Disorder au cas où vous chercheriez quelques livres pour cet été… Aujourd’hui, Fragments  (poèmes, écrits intimes, lettres) de Marilyn Monroe, écrit en janvier 2011 et publié aussi dans Double 27.

 

Flash : un film se déroule, une toilette s’effiloche. Marilyn craque une couture. Pieds nus, escarpins jetés à terre. La tête en arrière, le sourire « glamour ». Une cigarette éteinte. Fascinante, sulfureuse, absolument artificielle… Au-delà des clichés de la pin-up blonde platinée, pur produit des studios hollywoodiens, Marilyn incarne le paroxysme de l’énigme. Elle écrivait. Ces fragments – lettres, journaux intimes, notes prises aux hasards et poèmes – illustrent la dualité de cette actrice hors norme, dressent le portrait intimiste d’une femme à l’inquiétante fragilité. La prose est ensorcelante et hypnotique. Assurément dépressive : icône tragique des années 50. Comme produite par elles, pour elles. Et sacrifiée comme telle.

Capture d’écran 2015-01-12 à 14.27.08Devenue comédienne un peu par hasard, Norma Jeane Mortenson connut une ascension fulgurante à laquelle elle n’était mentalement pas préparée et qui ne fit qu’accroître un malaise développé depuis l’enfance. Une jeunesse difficile faite de rejets – Norma Jeane sera placée de famille d’accueil en famille d’accueil. Une relation névrotique avec la mère – plusieurs fois internée pour schizophrénie, Marilyn préfèrera prétendre que sa mère est morte plutôt que de s’avouer qu’elle vivait dans un institut spécialisé. Marilyn sera toute sa vie tiraillée par la peur de finir comme cette mère, en folle hystérique. Autant de fêlures qui seront à l’origine du sentiment d’abandon et d’angoisse qui se lit en filigrane dans ses écrits.

Calmée aux barbituriques, épaulée tant bien que mal par la psychanalyse, Marilyn écrivain lutte ici avec ses propres mots pour ne pas sombrer dans l’abîme où sa psyché voudrait l’enfermer… Journal d’une prisonnière, analyse sauvage plus encore, fragmentaire et continu, il nous plonge au cœur de la vie intérieure de cette « femme radieuse » disait Truman Capote, qui lutta quotidiennement contre elle-même et n’eut de cesse à transformer en mots la réalité.

Marilyn_James_JoyceMystérieuse, poétique, curieuse, mais aussi fragile… La voilà, la véritable Marilyn, telle que révélée par ses écrits. Une Marilyn éprise de littérature – lisant ses contemporains Carson McCullers, Blixen, Nabokov, Beckett, Pavese, Kerouac, dévorant les classiques Dostoïevski, Kafka, Rilke -, de poésie, mais aussi de peinture. « Les Peintures noires » de Goya en lesquelles elle se projetait : « Je fais les mêmes rêves depuis que je suis enfant ». Sa vie ressemble à une fiction dramatique, une vie faite d’isolement volontaire – tout comme le fut celle de la poétesse Sylvia Plath enserrée dans « sa cloche de détresse ». Et en cela, désaxée… Il faut revoir la dernière scène des   « Desaxés » de John Huston – que je tiens pour son chef- d’œuvre fatal – où éclate la solitude, le désespoir d’une femme, Roslyn sœur jumelle de Marilyn ? Une paumée, perdue dans l’immensité du désert qui hurle son mal-être. John Huston dira d’elle : « Elle était merveilleuse. Elle ne jouait pas. Elle vivait vraiment son rôle. »

Les 30 derniers mois de sa vie, Marilyn sera prise dans une folie passionnelle d’une psychanalyse sortie de ses limites avec le Dr. Greenson – vedette de l’inconscient freudien dans le cabinet duquel tout Hollywood s’épanchait, Vincente Minnelli, entre autres, lui aussi enserré dans ses rêves comme dans la toile d’une araignée, ou encore Joseph L. Mankiewicz qui lui confia un rôle dans « Ève » où Marilyn déborde d’une grâce animale. L’observant sur le tournage, il constatera : « elle dînait seule, buvait seule. Ce n’était pas une solitaire, mais elle était juste absolument seule. » Durant les dernières séances, Ralph Greenson chercha à la sauver de sa solitude, voulant « être comme sa peau » : « Elle était devenue mon enfant, ma douleur, ma sœur, ma déraison. » En vain.

Poursuivre une chimère ? Marilyn a désespérément cherché sa place dans le monde, a appelé à l’aide… Help ! – Un de ses poèmes. Trop tard.

marylin « Help
After one year of analysis

Help help
Help
I feel life coming closer
When I all want
Is to die

Scream –
You began and ended in air
But where was the middle ? »
(1956)

« I can and will help
myself and work on
things analytically no
matter how painful – if I
forget things (the unconscious
wants to
forget – I will only try to remember)
Discipline – Concentration

my body is my body
every part of it. »
(1955).

Marilyn Monroe, Fragments (poèmes, écrits intimes, lettres), éditions du Seuil, 2010.

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