Claro : Don’t be lost in translation

photo(1)En attendant la sortie chez Actes Sud (que l’on remercie au passage pour leurs goûts lumineux) de Crash-test de Claro – aux « déra-pages » garantis ! – au côté de Boussole de Mathias Énard, et  Notre désir est sans remède de Mathieu Larnaudie, dans lesquels on s’est plongé avec une rare avidité, et sur lesquels on aura l’occasion de revenir ici, et ailleurs… Je ressors une interview avec Claro publiée ce printemps dans le Double 29, en version bilingue.

 

Capture d’écran 2015-08-08 à 14.44.18Un goût prononcé pour les contraintes génératrices de libertés mais aussi de dérèglements, de balbutiements, pour tout ce qui machine du langage. Une aversion marquée pour le tiède, le trop peu. « Seul compte la morsure des mots » dira Claro. Travail dément et talentueux que celui du traducteur, qui sait lire dans les plis du texte pour le faire recommencer, devenu le temps du livre, écrivain…

Claro compte à son actif plus d’une centaine de textes traduits de l’américain, mais pas que. Il est également l’auteur d’une vingtaine de fictions au style toujours décalé, d’essais littéraires fulgurants, co-directeur de la collection Lot 49 au Cherche midi avec Arnaud Hofmarcher, membre du collectif Inculte, et intensif bloggeur. Pour l’heure, il vient de traduire Le Musée de l’Inhumanité, un roman à la musicalité acide de l’américain William H. Gass, et publie aux Éditions de l’Arbre vengeur Dans la queue le venin, un conte érotique contemporain plutôt mordant.

Capture d’écran 2015-08-09 à 15.16.14Retranché au septième étage de sa tour de Babel, monstre de béton seventies, l’air serein et tirant nonchalamment sur sa cigarette électronique, Claro nous reçoit dans son salon tapissé du sol au plafond de livres élégiaques, où Proust, Rimbaud et Beckett côtoient, en rang serré dans la bibliothèque, tout ce que la littérature américaine a produit de plus expérimental, de William T. Vollmann, James Flint, Richard Powers, Thomas Pynchon, à Mark Z. Danielewski, Kathy Acker, Dennis Cooper, parmi tant d’autres… Autant d’ovnis incandescents, de lignes de fuite réinvesties, revisitées par la voix du traducteur, qui forment son « hôtel royal » de langages. Bienvenue chez Claro.

 

Magali Genuite : Préparant l’interview, je me suis souvenue de cette peinture de Jacques Monory, Death Valley, qui figure en couverture de Treize récits et treize épitaphes de William T. Vollmann. C’est comme ça que je me représente le traducteur, comme l’écrivain, seul en proie au vertige, et qui arpente une longue route comme devant la feuille blanche et la possibilité de mille récits…

Claro : Le paradoxe c’est qu’on n’est pas seul devant une feuille blanche quand on traduit, c’est la grande différence avec l’écriture pure. Matériellement, on a le livre à traduire posé à côté de l’ordinateur. Il y a une présence, un poids comme ça, il faudra que ça passe. Quand on commence à lire, le processus de traduction est déjà enclenché, le fait de savoir qu’on va traduire le livre, le texte est déjà en train de se décoller. Votre lecture, le souvenir de votre lecture vous pose déjà un problème de traduction. Puis au moment où on s’y met, c’est comme si on recopiait mais c’est une copie de faussaire, on essaye de trouver dans le texte sa façon de renaître en français. La traduction, au fond, c’est une modalité de lecture.

Maga : Du coup, il peut exister une infinité de lecture ?


Claro : C’est évident. Si vous vivez une séparation, et que vous traduisez un livre qui parle de ça, le rapport sera forcément différent. Après le traducteur est censé garder une distance mais traduire, c’est quand même une question de sensibilité, d’instinct. Ce n’est pas un travail mécanique, et ce n’est pas non plus un pur travail de création, c’est le texte qui se donne à vous, et non l’inverse.

Maga : Qu’est-ce qui fait qu’un texte vous choisit ?


Claro : Quand à la lecture, j’ai l’impression de sentir comme un appel, un texte qui aurait envie de passer dans une autre langue, de connaître l’épreuve de l’étranger. On ne va pas chercher à gommer le marquage exotique, il va rester des noms propres, un contexte pour le coup américain, le livre doit recommencer tout en gardant son étrangeté. Traduire ne veut pas dire franciser.

Maga : C’est comme si le livre investissait un nouveau territoire ?


Claro : Oui, et il arriverait déguisé dans la littérature française tout en restant de la littérature étrangère. Il faut qu’on sente la présence en palimpseste d’un texte étranger qui continuerait à vibrer en-dessous.

Maga : Une discipline particulière en traduction ?


Claro : Je ne lis jamais le livre en entier, c’est une manière de garder une certaine intensité avec le texte lors de sa traduction. Les techniques de travail peuvent varier mais au final cela reste très mathématique. Quand on a tant de temps pour traduire, donc tant de pages à faire par jour, ça cadre énormément, le texte est vécu par segments.

Maga : Une technique ?


Claro : Le premier jet doit être bon à 80%. Il ne faut 
pas chercher à résoudre ce qui pose problème sinon on s’arrêterait, on perdrait en intensité. L’important c’est de conserver le momentum, le mouvement du texte, sa fluidité. Trouver le ton. Le ton ce n’est pas juste le niveau de langage, c’est le tempo.

Maga : Sa musicalité ?


Claro : Oui, et avec tous les marqueurs du style.

Maga : On vous définit souvent comme le «traducteur de l’impossible» …


Claro : Heureusement que personne n’y croit sinon je ne travaillerais pas ! (rires)

Maga : Le clavier cannibale, c’est votre nom de bloggeur, ça vient d’où ? Le cannibale c’est celui qui dévore tout…

Claro : À l’origine, j’avais écrit un texte que je n’ai jamais publié, Le Clavier cannibale, le titre est resté. Le cannibale est la métaphore parfaite du travail du traducteur. On ingère un texte qu’on fait disparaître, plus un seul élément concret ne doit rester, ni les os, ni la peau, ni même son âme. Le clavier cannibale c’est une image physique aussi bien de la traduction que de l’écriture.

Maga : Vous avez la réputation d’être un lecteur avide…


Claro : Ça c’est le b.a.-ba quand on fait de la traduction. Quand je donne des cours à des étudiants ou lors de conférences, on me demande souvent : « Qu’est-ce que vous conseillez comme dictionnaire, comme encyclopédie, comme lexique, comme lecture ? », je leur réponds : « Proust par exemple… ». Si vous voulez traduire en français, c’est votre français qu’il faut enrichir de toutes les façons possibles, donc ça passe par la lecture. Dans un dictionnaire, il n’y a rien, tout le monde le sait !

Maga : Votre premier souvenir lié à la lecture ?


Claro : Ma mère me lisant Jules Verne… Lecture et écriture allaient déjà ensemble. Dès que je me suis mis à lire, je me suis mis à écrire et même à traduire sauf que je ne me rendais pas compte que je traduisais. Je le faisais sans le conceptualiser.

 Maga : Et l’anglais, pourquoi cette langue plus qu’une autre ?


Claro : C’est parce que j’étais très mauvais en langue ! (rires) Et c’est la seule langue que j’ai vaguement apprise, mais je n’ai pas d’affinité particulière avec l’anglais en tant que langue, encore moins avec la civilisation américaine. Ça aurait pu tout aussi bien être l’allemand. Il fallait en tous cas que ça passe par une autre langue. La traduction, c’est comme l’écriture, une façon de vivre concrètement et au quotidien dans une pratique assez cadrée, cette expérience de passer d’une langue à une autre, d’expérimenter, d’être dans l’inconfort.

Maga : Ne vaudrait-il pas mieux être amnésique parfois ?


Claro : L’amnésie serait le pire. Quand on traduit, on travaille avec la mémoire des mots, et même la mémoire d’une syntaxe. Le terme lichen, par exemple, me fait de suite penser au Bateau ivre de Rimbaud.
Les mots n’existent pas seulement dans 
le dictionnaire ou dans la vie, même les mots simples sont chargés de mémoire.
 Quand on traduit, c’est dans ces mots-là qu’on puise parce qu’ils ont une force. Le lecteur sentira forcément ces choses-là. Une traduction de l’américain s’écrit avec des mots qui viennent tout aussi bien de Proust, de Balzac que de Céline… Ce n’est pas en lisant un bouquin anglais que vous allez trouver une solution !

Maga : Dans Le festin nu de William Burroughs, les machines à écrire sur lesquelles Lee tape sont des créatures vivantes, des machines dévorantes, qui lui donnent des conseils sur des missions virtuelles… Votre clavier, il vous parle ?

Claro : Je fais partie de cette génération qui a commencé sur le clavier de la machine à écrire, du coup écrire est indissociable de la machine, du clavier. Le principe du clavier est tellement particulier, chaque mot est décomposé en lettres, l’ordre n’est pas alphabétique, c’est même un ordre aberrant, et je ne tape qu’avec deux doigts ! Pourtant j’arrive à retrouver une certaine fluidité, à force de faire du mécanique quelque chose crée de l’organique. Ce n’est que devant le clavier que les choses se passent, avant il n’y a rien. C’est une combinaison d’hommes machines.

Maga : Il existe des ordinateurs sans clavier qui retranscrivent directement par reconnaissance vocale…


Claro : Richard Powers travaille comme ça. Il lit, pense oralement et son ordinateur retranscrit directement sur l’écran quasiment sans erreur. La pensée va directement à l’écriture, c’est une mécanique incroyable !

Maga : Quand on traduit un livre titanesque comme Les Fusils ou Central Europe de Vollmann, c’est une vraie immersion ?


Claro : C’est valable pour tous les livres. La grande différence, c’est quand le livre est conséquent. On n’a pas le même rapport de travail avec un livre de deux cents pages qu’avec un de mille pages. Avec un gros bouquin, ça peut durer six ou huit mois voire un an. Quand c’est le 300e jour où vous travaillez dessus, vous êtes vraiment installé dedans, c’est plus facile. On rentre presque dans de la conjugalité.

Maga : Il vous est déjà arrivé de bloquer sur un texte ?


Claro : Oui, du coup, on est obligé de le lâcher. On est surpris soi-même, ce n’est pas tant que le texte soit incompréhensible, mais on sait que cela risque d’être laborieux. Le texte ne doit pas juste plaire, il faut qu’on puisse le faire recommencer… Si on commence à chercher, c’est qu’on est en dehors.

Maga : La langue est, comme l’a théorisé Gilles Deleuze, à re-fantasmer, à réinventer. Et vous, en tant que traducteur, vous en seriez le medium ?

Claro : Deleuze est un philosophe formidable pour les écrivains, il a énormément parlé d’écriture, pas uniquement dans ses textes sur Kafka ou Proust. Pourparlers et L’Anti-Œdipe m’ont amené aussi à d’autres lectures : Artaud, Beckett, la poésie de Ghérasim Luca, la littérature américaine… Deleuze développe cette théorie d’une langue mineure où l’écrivain écrit une langue à l’intérieur d’une langue. On n’est pas un «je » qui écrit, on se dissout, on devient toutes les voix du texte. Le traducteur est éminemment ça, l’écrivain devrait l’être aussi au lieu de se replier sur un ego. Le texte transite par nous, on le re-machine, on le re-territorialise ou déterritorialise pour reprendre les termes Deleuzien.

Maga : Qu’est-ce qui fait qu’on devient aussi éditeur ? L’amour d’un texte comme Le Tunnel de William H. Gass…


Claro : Avec ce bouquin-là, j’ai eu beaucoup de mal, personne n’en voulait. C’est pourtant un écrivain majeur qui a sa place dans le Panthéon des lettres américaines ! Dès qu’on présente un livre ancien à des éditeurs, ça ne les excite pas parce qu’ils sont dans une dynamique de l’actualité, de la nouveauté. Seul le Cherche midi était prêt à le publier. On s’est rencontrés, on a réfléchi à développer une vraie ligne éditoriale. Lot 49 était né. Et notre premier titre publié fut Trois fermiers s’en vont au bal de Richard Powers. L’idée c’était de préparer la sortie de Gass.

Maga : Vous saviez que vous ne toucheriez qu’un certain nombre de lecteurs…


Claro : La littérature peut rester discrète, n’être que clandestine, n’avoir que 2 000 lecteurs, ce n’est pas au capitalisme de m’expliquer que c’est peu !

Maga : Il vous arrive de relire certains auteurs ?


Claro : Oui, plutôt les écrivains français, Proust, Céline, Flaubert et la poésie surtout, Rimbaud. Le fait de relire, c’est la leçon première de la lecture. Un livre n’est pas un produit. On peut y revenir, le reprendre et en avoir une lecture à chaque fois différente. On n’est pas non plus obligé de le lire du début jusqu’à la fin. Souvent, il m’arrive de n’en lire que dix pages et dans le désordre, de ne pas finir le livre, l’intrigue ne m’intéresse pas. Et c’est marrant la lecture, il y a des livres parfois, on ne sait plus si on les a lu ou pas.

Maga : Ou fantasmé de les avoir lus…


Claro : Absolument. La lecture est indissociable d’une leçon d’oubli. La Modification de Michel Butor, je serais incapable de raconter de quoi ça parle, d’en citer même une phrase, mais à la fois je sais que je l’ai lu.

Maga : Il ne pourrait en rester qu’une trace, un sentiment…


Claro : C’est ça, qu’est-ce que ça laisse au fond ? Madame Bovary, par exemple, on pourrait très bien ne se rappeler que d’un paragraphe ou d’un passage que l’on aurait appris par cœur et qui en lui-même contiendrait l’essence de Flaubert. Ce serait un souvenir de lecture très puissant.

Maga : Tellement puissant que vous avez écrit une sorte de roman-hommage, Madman Bovary…

Claro : Madame Bovary est un des premiers livres que j’ai lu en comprenant ce qu’était le travail de l’écriture, du style, que c’était là que ça se passait. C’est un livre qui reste charnière pour moi.

Maga : La langue investirait un nouveau territoire ?


Claro : Effectivement, il faut considérer le livre comme un lieu utopique où une langue ne se parle que dans ce livre-là. Où un système a été mis en place dans lequel tout peut se passer. Où l’on sent une ambiguïté et une ambivalence qui établissent un jeu avec le lecteur, quitte à ce qu’il n’en sorte pas forcément plus éclairé. Un livre est aussi constitué de zones d’ombre…

Maga : Refuser de parler sa langue natale, comme c’est le cas pour le narrateur dans 
Le Musée de l’Inhumanité, quand elle est pervertie, en l’occurrence ici par les nazis, est forcément un acte politique ?

Claro : C’est une obligation quand une langue est investie comme ce fut le cas sous le IIIe Reich. Quand elle a été refaçonnée 
par tout un discours de propagande, comme l’a remarquablement bien analysé Victor Klemperer dans LTI, la langue du Troisième Reich, on se sent forcément expulsé. Mais quand Salman Rushdie passe de l’anglais à l’américain, c’est du même ordre. Cela vient de ce besoin de renaître dans une autre langue.

Maga : Il pourrait se lire comme un traité d’éthique à l’usage du monde comme Central Europe de Vollmann…


Claro : C’est sûr que Gass, son problème central c’est l’éthique qu’il envisage
 sous l’angle de l’hypocrisie. Il rejoint 
en cela l’une des problématiques de Vollmann, l’éthique comme stratégie de l’autojustification a posteriori de crimes. Quand il était dans l’armée à la fin de la Seconde Guerre mondiale, Gass fut l’un des premiers à survoler le site d’Hiroshima, il y voit un basculement où le mal est inhérent à l’homme. Dans Le Musée de l’Inhumanité, le personnage principal, Joseph, ne cesse de compiler des témoignages de la nature profondément mauvaise de l’humanité, comme si le mal n’était qu’une information permanente où chaque élément apporterait une preuve supplémentaire. On sent là que Gass n’est pas à l’aise dans l’intrigue, qu’il n’aime pas raconter, ce qui l’intéresse c’est créer un dispositif dans lequel il peut lâcher les chiens de sa langue !

Maga : Il écrit parce que la haine le constitue en grande partie…


Claro : L’histoire du mal, il a compris 
que ça passait par le langage. La haine est aussi un moteur et un langage. Faut lire Céline… Après c’est au lecteur de se positionner.

Maga : Tous ces auteurs contemporains ne sont pas si éloignés d’une certaine forme de pensée de ceux de la Mitteleuropa…


Claro : Ils partagent une certaine forme de gaîté, oui ! (rires) La grande différence cependant avec la littérature américaine, c’est cette proximité, cette pratique avec la poésie. Tous les écrivains que
 j’ai traduits sont des grands lecteurs de poésie. Pour eux, Walt Whitman est tout aussi important que William Faulkner, il y a vraiment une empathie. C’est ce qui manque dans la fiction française, cette tension vers la poésie.

Maga : Mathias Énard aurait une place à part? Son roman fleuve Zone se lit comme un long poème…


Claro : Oui. Le principe de Zone va avec une rythmique proche de L’Odyssée.

Maga : Vous venez de publier Dans la queue le venin, ça parle de quoi ?


Claro : C’est un texte plutôt ludique traversé de lieux communs comme l’étranger, le tourisme, l’appétit sexuel. Il est porté par moins d’ambition. C’est dans ces moments-là, où l’on se met moins de pression, que des choses se débloquent pour des projets plus ambitieux.

Maga : Votre blog est devenu une discipline quotidienne, vous postez même à 7h du matin ! C’est un blog de jubilation, d’engagement ?

Claro : C’est une façon pour moi de commencer la journée, de garder une trace de mes lectures, parler des livres toujours avec la même exigence d’écriture même si c’est écrit plus dans le mouvement, à l’emporte- pièce. C’est une façon aussi de parler de livres dont on sait que la presse va très peu parler.

Maga Comme Hélène Bessette, par exemple ?

Claro : Elle devrait être aussi connue que Duras ! Ça n’a jamais pris, elle était pourtant soutenue par Queneau. C’est vraiment le chaînon manquant entre Duras et des écrivaines plus contemporaines. C’est très bien qu’elle soit republiée mais je ne suis pas sûr qu’elle ait encore trouvé de lecteurs.

Maga : Ça resterait une littérature des marges…

Claro : Est-ce que c’est si grave ? C’est peut-être mieux des fois de rester discret, dans la marge.

Maga : Mais des écrivains comme Éric Chevillard ou Antoine Volodine dont vous parlez sur votre blog sont connus pourtant, Volodine a même été consacré cette année par le prix Médicis pour son livre Terminus radieux…

Claro : Ça ne veut pas dire pour autant qu’ils soient appréciés, comme si la littérature «pure » était devenue une menace.

Maga : Comment envisagez-vous le rôle de l’écrivain ?


Claro : Avec un sentiment de responsabilité par rapport au langage. Je ne veux pas 
dire qu’il faille écrire des choses expérimentales en permanence, mais ne jamais être dupe de ce que le langage essaye de faire à travers nous de formaté.

Maga : Pour Marguerite Duras, « l’écrit vient d’ailleurs, d’une autre région que celle de la parole orale. C’est une parole d’une autre personne qui, elle, ne parle pas ».

Claro : C’est là où on voit la différence, certains écrivent pour se trouver ou se connaître, c’est une catastrophe en général… Au contraire, l’écriture est un processus de dépersonnalisation, il faut adopter d’autres voix, masculines, féminines voire animales, jusqu’à se perdre soi-même. À travers ses stratégies de détour, on arrive à celui qui ne parle pas en nous, qui refuse de se construire dans le langage. Je ne sais pas exactement à quoi Duras fait allusion mais c’est peut-être ça le corps. Le corps c’est celui qui ne parle pas, qui refuse aussi le langage même si c’est un langage du corps. Quand on fouille, quand on complexifie les choses, on ne se rapproche pas d’une vérité du corps mais de quelque chose de très physique…

Maga : On se rapprocherait d’une parole délirante…


Claro : Quand Deleuze étudie les grands délirants et la schizophrénie, c’est ce qu’il dit, on est tous les personnages du siècle, on va sur tous les territoires. Il faut faire délirer les choses, laisser passer des flux.

Maga : Un livre de Duras que vous aimez plus qu’un autre ?

Claro : Écrire, sinon La douleur.

Maga : Pour le coup, la question du corps est très liée à l’écriture…


Claro : Oui, il n’y a vraiment qu’une femme qui pouvait écrire ça. Ce serait encore un autre sujet, le rapport des femmes à la littérature…

Maga : C’est encore un autre territoire…

Claro : Oui. Dans la mesure où l’on a interdit presque légalement l’écriture 
aux femmes pendant des siècles, quand 
on leur a permis de le faire, c’est 
dans des situations archicodées pour qu’elles reproduisent en permanence cette féminité-là. Aujourd’hui bons nombres d’écrivaines échappent à tout ce carcan, Olivia Rosenthal, Maylis de Kerangal ou l’américaine Kate Braverman… Et pourtant, on parle toujours de littérature féminine. On ne parle jamais de littérature masculine !

Maga : Le langage crée un peuple qui n’existe pas ?


Claro : On écrit pour des lecteurs invisibles, à venir, en devenir surtout, qui ne sont pas des lecteurs figés où l’expérience ne durerait que le temps de la lecture. Je songe souvent à cette phrase de James Joyce : « Plutôt qu’un million de lecteurs, je préfère un lecteur qui me lit un million de fois ». Écrire ce n’est pas se dire, je serai compris ou lu dans cent ans, c’est justement ne pas se poser cette question. Et si je touche ne serait-ce qu’une personne, c’est gagné !

Maga : On habite quel pays au fond quand on est écrivain ou traducteur ?


Claro : La machine.

 

Lectures : Claro, Dans la queue le venin, L’Arbre Vengeur, 2015. William H. Gass, Le Musée de l’Inhumanité, traduit de l’américain par Claro, « Lot 49 », Le Cherche Midi, 2015.

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He is deeply attached to the constraints that generate both freedom and disorder
or stammering, to everything that conjures language, while showing a pronounced aversion for anything lukewarm and that falls short. “Only the bite of words matters“ according to Claro. The translator’s work is incredible and talented, he knows how to read between the lines and renew the text: he becomes a writer, in the space of a book…

Claro has translated more than a hundred texts from American English. He is also known as the author of around twenty fictions in an offbeat style and dazzling literary essays. Alongside Arnaud Hofmarcher, member of the Inculte collective, he runs the Lot 49 collection, within the Cherche midi publishing house, and is also a very active blogger. He recently translated “Middle C“, an acidic tone novel by American writer William H. Gass, while his rather scathing contemporary erotic tale, “Dans la Queue le Venin“, has also just been published by Les Editions de l’Arbre Vengeur.

Entrenched on the 7th floor of a ’70s concrete monster Babel tower, Claro greets us, casually drawing on his electronic cigarette, a serene look on his face. His living room is covered with elegiac books, from floor
to ceiling: Proust, Rimbaud, Beckett rub shoulders with the most experimental creations
 of American literature, from William T. Vollmann, James Flint, Richard Powers and Thomas Pynchon to Mark Z. Danielewski, Kathy Acker, and Dennis Cooper, among others… Countless smoldering literary oddities, reinvented perspectives cohabit, revisited through the translator’s voice from his royal hotel of languages. Welcome to Claro’s.

 

Magali Genuite : As I was preparing the interview, I remem- bered Jacques Monory’s painting Death Valley, featured on the cover of William T. Vollmann’s 13 Stories and 13 Epitaphs. To me, it portrays both writer and translator, alone, beset by vertigo, striding across a long road akin to the blank page and the possibilities of a thousand stories.

Claro : The paradox of translation is that, you aren’t left alone with a blank page, which makes it largely different from genuine writing. Physically, the book to translate stands next to the computer. It has a presence, some sort of weight, which will have to lighten. When you start reading, the process of translation is already at stake. Since you know the book is to be translated, the text is already peeling off the page. Your reading itself, and its remembrance, already restrains the translation. As you begin, it comes as transcribing, but it is a counterfeiter’s copy. You only try to discover the text reborn in French. deep down, translation is a reading modality.

Maga : An infinity of readings could therefore exist?


Claro : Obviously! If you were going through a break up and translating a book about it, it would inevitably alter your perception. While the translator is supposed to keep a distance, translating remains a matter of sensitivity, and instinct. It isn’t mechanical, and it isn’t pure creation either, it is the text that comes to you, not the opposite.

Maga What makes a text choose you?


Claro : Whilst I’m reading I may feel a calling, a text longing for another language, an experience of the unknown. The exotic input won’t be rubbed out; some proper nouns and an American context will outlive the translation. The book must resume while preserving its strangeness. Translating doesn’t mean gallicizing.

Maga : It is as if the text was exploring
new territories?


Claro : Yes, and it would arrive dressed as French literature while still remaining foreign literature. The discernable palimpsest presence of a foreign text must still vibrate underneath.

Maga : Any particular discipline for translating?

Claro : I never read the whole book. This way I retain a certain intensity with the text during its translation. Work techniques vary but it is all very mathematical in the end. The time given to translate, and therefore, the amount of pages to do per day becomes a structure, the text is considered in sections.

Maga : And your technique?

Claro : The first draft must be 80% correct. You shouldn’t intend to solve the first difficulties otherwise you would stop and lose the intensity. It is important to maintain momentum, the movement of the text and its flow. Find the tone. The tone is the tempo, not just the level of language.

Maga : Its musicality?


Claro : Yes, accompanied by all the stylistic indicators.

Maga : You’re often defined as the ”translator of the impossible”…

Claro : Fortunately no one believes so, or I wouldn’t be working! (Laughs)

Maga : Le Clavier Cannibale is your blogging signature. Where does it come from? A cannibal devours everything…

Claro : Originally, ”Le Clavier Cannibale” was a text I wrote but never published. I kept the title. The cannibal embodies the perfect metaphor of the work of translator. We digest a text and make it disappear, no tangible element can remain, neither bones or skin, nor even its soul. ”Le Clavier Cannibale” is a physical image of both translation and writing.

Maga : You have the reputation of
being a voracious reader…


Claro : A translator’s
fundamentals! Whenever I
give talks or lectures
 to students, people often 
ask: ”Which dictionary, encyclopaedia, glossary, or book would you recommend?” I reply saying: ”Proust for instance…” If you want to translate, you will translate to French, so your French must be enriched in any possible way, which therefore comes through reading. A dictionary is empty, everyone knows that!

Maga : What is your first literary related memory?


Claro : I remember my mother reading me Jules Verne… Reading and writing already came together. As soon as I started reading,
I started writing, and even translating, although I didn’t realise I was translating. I was doing so without conceptualising it.

Maga : Why did you choose English above any other language?

Claro : Because I was very bad at languages! (Laughs) It is the only language I vaguely learnt, but I have no specific bond with
the English language, and even less with American civilisation. It may very well have been German. But it had to come through another language nonetheless. Translation is like writing: a way of living tangibly and daily the experience of switching from one language to another, to experiment, and feel the discomfort, within a
relatively structured practice.

Maga Would it not be better to some-
times be amnesiac?


Claro : There would be nothing worse
than amnesia. Translating means 
working with the memory of words,
the memory of syntax. The word 
Lichen for instance immediately
 reminds me of Rimbaud’s poem,
”The drunken Boat.” Words don’t
 solely exist in life or in the
 dictionary; even the simplest
 words are filled with memory. When translating, these words are the ones you draw on because of their strength. The reader is bound to feel this. A translation from English is written with the words of Proust and Balzac, as well as Céline’s… You won’t find your solution in the pages of an English book!

Maga : In William Burroughs’ Naked Lunch Lee’s type- writers are live creatures, devouring machines providing ad-
vice for his virtual missions… Does your keyboard talk?


Claro : I belong to the typewriter generation; therefore writing is inseparable from the machine, the keyboard. The principle of the keyboard is so peculiar: each word is divided into letters, in no alphabetical order, actually, in quite an absurd order, and I only type with two fingers! Yet, I still manage
to recover a certain fluidi- ty. Somehow, from the enduring mechanics of the mechanical, something organic arises. Things occur only when facing the keyboard; before, there is nothing. It is the combi- nation of man and machine.

Maga : Some keyboard-less computers directly transcribe from vocal recognition.


Claro : Richard Powers uses one of these. He reads, thinks aloud, and his com- puter directly transcribes on the screen, with practically no mistakes.

Maga : The translation of such titanic books as Vollmann’s The Rifles or Europe Central would demand total immersion.

Claro : That’s valid for every book, although a sizable book makes a diffe- rence. Between a 200-page and a 1000-page book your perspective differs. A large book can take anywhere between 6 to 8 months, up to a year. on the 300th day of work, you’re truly settled, it’s easier. It al- most verges on a marital bond.

Maga : Have you ever been stuck on a text?


Claro : I did and therefore had to let go. It’s startling. Although the text may be comprehensible, you become very aware
of the arduous task that lies ahead. The text shouldn’t simply please, it should be revived… Questioning means you’re already out of it. A good translation sees the text moving from the book to a screen.

Maga : According to Gilles Deleuze, language should be fantasi-
sed and reinvented. As a translator, could you be its medium?


Claro : Deleuze is an extraordinary philosopher for writers; he talked a lot about the process of writing, beyond his works on Kafka and Proust. ”Negotiations” and ”Anti-oedipus” led me to read the works of Artaud, Beckett, as well as Gherasim Luca’s poetry and American literature… deleuze developed the theory of a minor language, according to which the writer cultivates a language within another language. There is no ”I” writing, we dissolve in order to become every voice present in one text. That’s who the translator eminently is, and whom the writer should also incarnate as opposed to a withdrawn ego. The text passes through us; we ”re-machine” and ”re-territorialise” it, or ”deterritorialise” it, as Deleuze puts it.

Maga : What made you become a publisher? Was it your love
for a text such as The Tunnel by William H. Gass…?


Claro : That book was a tough one since no one wanted it. Whereas Gass is a major writer
with a rightful place within the pantheon of American literature! An old book doesn’t excite publishers, it doesn’t fit their dynamics of novelty. The Cherche midi publishing house was the only one eager to publish it. We met, and reflected on the development of a true editorial perspective: Lot 49 was born. our first publication was Richard Powers’ ”Three Farmers on their Way to a dance.” The idea was to prepare for the launch of Gass’ novel.

Maga : You knew this would touch only
a few readers…

Claro : Literature can be discrete or simply clandestine, reaching only 2000 read- ers. Capitalism won’t lecture me about any quota!

Maga : Do you ever re-read certain authors?

Claro : Yes, mostly French writers like Proust, Céline, Flaubert, and mainly poetry, like Rimbaud. The process of re-reading a book is literature’s first lesson. A book isn’t
a product. You can go back
to it, start over again and achieve a different reading each time. You don’t even
have to read it from start
to finish. I often happen to read only about ten pages, disorderly, and not finish
the book if the plot doesn’t grab me. Reading is funny, some books, sometimes,
I’m unsure whether or not
I have even read them.

Maga : Or dreamt of reading them…

Claro : Absolutely. Reading teaches a lesson about forgetfulness. I know I
read Michel Butor’s, ”Second Thoughts”, but I’m incapable of telling what it’s about, or quoting even one sentence.

Maga : A simple trace, an emotion could prevail…

Claro : Exactly, what are we
left with? ”Madame Bovary”
for instance, you could very well remember one paragraph, one moment learnt by heart that would encapsulate the essence of Flaubert. Such memory of a reading would be a very powerful one.

Maga : So powerful you even wrote some sort of homage novel entitled Madman Bovary.

Claro : With ”Madame Bovary” came my first comprehension of the stylistic work, of writing, and what it is all about. This book was a transitional one for me.

Maga : Does language inhabit a new territory?

Claro : Indeed, a book should
be considered a utopic place with its own language. A place where a system allows for anything to happen. Where a palpable ambiguity and ambivalence toy with the readers, might they not ever leave enlightened. A book also has its own obscure territory.

Maga : Like the narrator in Middle C, is refusing to speak your mother tongue necessarily a political act, when it has become perverted, (here as it happens by the Nazis)?

Claro : When a language is exploited like it predominan- tly was during the Third Reich, it becomes an obligation. As remarkably analysed by Victor Klemperer In LTI – Lingua Tertii Imperii, when a language is remodelled through propaganda one inevitably feels excluded. Likewise when Salman Rushdie switched from English to American. This originates in the need to be born again within another language.

Maga : Like Vollmann’s Europe Central, it could be read as an ethical treatise for the world to use…

Claro : Gass definitely holds ethics as his core issue, considered from the angle of hypocrisy. In that way, he comes in accordance with Vollmann’s problematic of ethics as a strategy of post-crime self-justification. While Gass was in the army towards the end of Second World War, he was one of the first to fly over Hiroshima and deems it as the inversion within which evil becomes inherent to man. In ”Middle C”, the protagonist, Joseph, continually gathers testimonies of humanity’s deeply corrupted nature, as though evil was nothing but a constant record within which every element delivers additional evidence. Here,
it becomes apparent that Gass isn’t comfortable with the plot, he doesn’t like to narrate. His interest focuses on the creation of a system allowing for the dogs of his own language to be released!

Maga : He writes because he is mostly
built of hatred.


Claro : He understood that the history of evil happens through language. You must read Céline… And readers must form their own opinion.

Maga : Those contemporary writers don’t stand that far apart from the ideas of Mitteleuropa’s writers.


Claro : They do share a distinc- tive cheerfulness, don’t they! (Laughs) Although, the main difference with American literature is the proximity, the poetical practice. All the authors I translated are great readers of poetry, to them Walt Whitman is just as important as William Faulkner, and there is a real empathy there. Which is what French fiction is missing: this tension towards poetry.

Maga : Mathias Énard stands apart. His “Roman-fleuve” Zone reads like one long poem…

Claro : Yes, ”Zone’s” principle follows a rhythm referencing Homer’s ”Odyssey.”

Maga : You have just published
Dans la Queue le Venin, could
you tell us what it is about?

Claro : It is a rather playful text, crossing over platitudes such as foreign places, tourism, or sexual appetite. It is driven by less ambition. When relieved from pressure, some things allow for greater, ambitious projects.

Maga Your blog has become a daily discipline, posting as early as 7AM! Is it a platform dedicated to jubilation and commitment?

Claro : It is my way of starting the day, to keep track of my reading, and talk of books with the same demanding writing, even though it may be written more in a sweeping movement. It is also an opportunity to talk about books the press will barely mention.

Maga : Like Hélène Bessette for instance?


Claro : She should be just as famous as duras! It never happened, whereas Queneau supported her. She truly embodies the missing link between duras and more contemporary female writers. It’s great she was republished, but I’m not certain she has found her audience yet.

Maga : It stands as marginal literature…

Claro : And is it that bad? Sometimes it might be better to stay discrete within the margin.

Maga : And yet writers like Éric Chevil- lard or Antoine Volodine, who you men- tioned on your blog, are both famous. Volodine was even rewarded the Medicis prize for his book Terminus Radieux.

Claro : Which yet doesn’t mean they are appreciated… It is as if ”pure” literature had become a threat.

Maga : How do you envision
the role of a writer?


Claro : Bond to a sense of responsibility towards language. By this I don’t mean constantly dedicated to writing experimental pieces, but it is important never to be deceived by our language’s formatting intentions.

Maga : According to Marguerite Duras “writing comes from elsewhere, a different region from that of verbal words. It is another person’s word, a person who doesn’t speak.”

Claro : That’s where a difference may be observed. Some write to find or learn about themselves. But writing is quite the opposite; it is a process of depersonalisation. other voices must be embraced: masculine, feminine, or even animal ones, until you finally lose yourself. It is through the strategies
of digression that the one who doesn’t speak within us will be reached, the one who refuses to be shaped through language. I don’t know what exactly duras was alluding to, but that’s all a body may be. A body doesn’t speak; it refuses language, even body language. When rummaging through and complicating things, we approach something very physical, remote from any form of bodily truth…

Maga : Approaching delusional words, maybe?

Claro : That’s what deleuze expressed when studying
the great delusionals, or schizophrenics: we all are the characters of a century, crossing over all territories. Things must grow delusional, allowing the stream to flow.

Maga : Out of all of Duras’ books
which one do you prefer?


Claro : ”Écrire”, or ”La douleur”.

Maga : In this particular case, the notion of body is extremely connected to writing…

Claro : Indeed, only a woman could write about this. The relation between women and literature is another subject all together…

Maga : Another territory…


Claro : Certainly. For centuries women were almost legally forbidden to write, when they finally gained rights their situation was still extremely regulated and inevitably resulted in the constant reproduction of this type
of femininity. Today many writers successfully avoid those manacles, such as olivia Rosenthal, Maylis de Kerangal, or American writer Kate Braverman… However, female literature is still a thing, while male literature has never been discussed.

Maga : Does language create people
that don’t actually exist?


Claro : We write for invisible readers, the readers to come, and mostly to become, readers who aren’t fixed in place, in an experience that would only last the time of reading. I often think of what James Joyce said: ”I would rather have one reader reading my book a million times, than
a thousand readers.” Writing isn’t about being read or understood in a hundred years, on the contrary, it implies not questioning that. If only one person is moved, it’s already a victory!

Maga : Being a writer or a translator, which country do you ultimately inhabit?


Claro : The machine.

 

 

 

 

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Un commentaire pour Claro : Don’t be lost in translation

  1. Sylvia Monnier dit :

    Merci.

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