Hymnes à la nuit (Une mixtape signée Electric Skies)

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« Dès que tu fermes les yeux, l’aventure du sommeil commence.
Dans la pénombre de ta chambre, ta mémoire se souvient mille fois
De choses aussi indifférentes les unes que les autres et auquel ta passivité
Prend sa place pour te donner du monde une succession d’images
Auquel tu ne portes pas plus d’intérêt qu’à l’endroit où tu vis, là, ici, tant bien que mal.
Parfois, tu regardes autour de toi, mais ta fenêtre est trop opaque
Pour y voir l’extérieur que tu imagines grisâtre, déformé,
Au point de non-retour à la normale, et d’ailleurs qu’y a-t-il de normal ?
Ton corps est mou, blanc comme un cachet d’aspirine, telle une planche
Lorsqu’elle est inutile sauf à servir de support à un matelas pour dormir, s’y allonger
Et éviter l’inévitable : les maux de tête. Tu es assis, vêtu d’un pantalon de pyjama
Torse nu dans ta chambre de bonne avec un livre posé sur tes genoux.
Tu es fatigué, las, sans muscle, sans os, le soleil tape et tu as chaud.
Dans la chambre voisine, quelqu’un va et vient, tousse, traîne les pieds,
Il fait du bruit comme tout le monde. Dehors, c’est Paris.
Tu es trempé de sueur, tu te lèves, tu vas à la fenêtre et tu la fermes,
Tu passes un gant de toilette humide sur ton front, tu te couches.
Le jour de ton examen arrive, mais tu n’y vas pas. Tu es bloqué,
Tu ne bouges plus malgré les préparatifs que tu as faits pour te réveiller.
Rien n’y fait, partout les bruits crépitent de toute part, ça te paralyse.
Sans le vouloir, tu vas te dédoubler, tu te lèves, te laves, te rases, te vêts,
Et puis tu t’en vas, mais où ?
Les regards inquiets de tes amis convergent vers ta place restée vide.
Tu ne diras pas ce que tu sais, ce que tu penses sur les hommes, tous les hommes,
De la manière dont on les manipule pour les aliéner avec des cols blancs
Et de lourds manteaux noirs, ce que tu penses sur Marx et les autres
Dont tu as lu tous les livres. Au fond, tout t’indiffère,
Tu ne feras plus d’études, tu ne veux penser à rien, tu ne te laves pas, t’en as pas envie,
Heureusement tu mets à tremper tes chaussettes sales dans une bassine en plastique
Avec un peu d’eau à l’intérieur. Tu ne vas plus au café voir tes amis.
L’un d’eux d’ailleurs va gravir les six étages qui mènent à ta chambre,
Et toi, tu ne lui répondras pas.
Il reviendra plus tard, glissera un mot sous la porte. Tu ne veux voir personne.
À force, tu constates une évidence : tu ne sais pas vivre. »

Georges Perec, Un homme qui dort, 1967.

Tracklist :

Kit Clayton – Lateral Forces: Surface Fault – Untitled #4
Thanet – Uranus
Robert Görl – Wind In Hair
Einstürzende Neubauten – Blume (french lyrics version)
Marquis de Sade – Rue de Siam / Submarines and Iceberg
Hisato Higuchi – Girl, sister
Maki Asakawa – Onna
William Basinski – The deluge
Coil – Who’ll fall ?
The Associates – Q Quarters
Epic Soundtracks – She sleeps alone / Love fucks you up
Autechre – Vletrmix 21
The Third Eye foundation – Rain

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