Dérives #2 : Éloge de la disparition

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« Une nouvelle feuille tombe, sans faire aucun bruit, et touche, elle aussi, la ligne de l’horizon, tout se déroule en un seul instant dans mon imagination, en cette tombée de la nuit où, aujourd’hui, enfin il ne pleut pas. Je regarde mon voisin, l’homme qui ressemble à Scorcelletti, et j’imagine qu’il est en train d’écrire un poème afin de disparaître à l’intérieur de celui-ci. Je parcours en un dixième de seconde l’histoire de la subjectivité moderne, je regarde l’abîme qui est à mes pieds et je me dis que faire un pas en avant me conduirait en dehors du temps, en fait, vers un en dehors du temps dans le temps sur lequel j’aimerais incontestablement écrire, à supposer qu’il soit possible que, après avoir disparu de moi-même, je puisse écrire, tenu par le secret de la vieille peur de la mort, un poème d’adieu comme celui de mon voisin, un poème dans lequel je me demanderais d’où vient ce pouvoir de déracinement, de destruction ou de changement que possèdent quelques vers d’adieu en regardant la mer dans un hôtel à côté d’un jardin oublié et en face d’un abîme. »

Enrique Vila-Matas, Docteur Pasavento, Editions Points, 2013, p. 66-67.

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