Rêve de fuite #6 : Dominique Lawalrée, Rainy Sunday : Dimanche Pluvieux, 1982

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Celui-là, on se le repasse en sous main comme un talisman, à peine si l’on ose le poster sur ce blog pour en conserver quelque temps la magie noire voire le sortilège de peur de l’abîmer ou de le perdre dans les méandres du net. Clandestin devient ex-nihilo un essentiel. On se laisse emporter par le son cristallin des pianos mécaniques ou des synthés, l’épure des harmoniques, le temps nous semble s’être arrêté, figé, cristallisé, en suspens,  telle une toile sibylline de Paul Delvaux, un temps d’une évanescente blancheur que l’on souhaiterait ne jamais voir s’arrêter… Ce serait comme si l’on s’était glissé dans une brèche du temps, on aurait beau rassembler des souvenirs proches ou lointains, en vain, ils appartiendraient à une vie antérieure que l’on ne serait pas tout à fait sûr d’avoir vécue. Tout disparaîtrait une bonne fois pour toute. Ne resterait que quelques visages brouillés, quelques souvenirs vagues, quelques cendres. On se sentirait léger. Mais revenons à Dominique Lawalrée, tant le musicien aiguise notre curiosité. Après quelques recherches, on apprendra que le compositeur est Belge, et l’on ne s’en étonnera pas, tant il est du côté du sensible. Du singulier. Qu’il est un inconditionnel de Brian Eno période ambient, John Cage, Morton Feldman auquel il rend un lumineux hommage avec un morceau au titre insolite Morton a fait peur à Karlheinz, Terry Riley, Gavin Bryars, mais aussi Ravel et Debussy et tant d’autres… Cela pour l’instant nous suffira. Puis, on se remet à divaguer. On se dit que Sophie Podolski, née à la même époque et dont il partage la même origine, pourrait être sa petite soeur d’armes en littérature, et cela nous paraîtrait aller de soi. On leur fantasme une brève rencontre lors d’une escapade nocturne, deux solitudes bravant le pavé bruxellois sous une pluie battante, un de ces jours où cette même solitude devient plus poignante, où rien ne nous rattache plus à rien, et où il est urgent d’aller marcher sans relâche pour se débarrasser de tout le venin que l’on porte en soi comme une fatalité.

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